Chez Papy II
Bienvenue sur le forum.
Enrégistrez-vous pour pouvoir accéder aux parties cachées aux visiteurs.

Les adblockers, sauveurs de l'Internet ou business juteux ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Les adblockers, sauveurs de l'Internet ou business juteux ?

Message par victor le Mer 18 Sep 2013 - 14:17

Les adblockers, sauveurs de l'Internet ou business juteux ?


Par Antoine Duvauchelle | Mercredi 18 Septembre 2013
Débat : L'un s'offre une campagne de financement pour faire des publicités (!), l'autre communique à tout va dans des tribunes à répétition. Mais que font les adblockers ? Débat avec Tim Schumacher d’Adblock Plus, Michael Gundlach, à la tête d'AdBlock (BetaFish) et Stéphane

En lançant une campagne de financement participatif pour diffuser des publicités promouvant son service de bloquage de publicité, l’éditeur d’AdBlock, BetaFish Inc, a passé un cap. Désormais, les adblockers, ou bloqueurs de pub, n’hésiteraient plus à utiliser les méthodes des géants de la publicité pour faire progresser leur cause.

Sur la page dédiée au projet du site d’AdBlock, il reste une vingtaine de jours pour la levée de fonds. Et l’objectif initial de 25 000 dollars, qui permettait selon l’équipe de lancer la campagne de publicité, a largement été dépassé.

Les anti-pub font de la pub : guérilla marketing ?

Près de 3000 donateurs ont déjà offert 55 000 dollars à BetaFish. Signe manifeste d’un soutien au projet ou rejet de la publicité ? L’utilisation croissante d’adblockers semble accréditer la thèse d’un ras-le-bol de la publicité, sur les sites de médias comme sur les réseaux sociaux.

L’ironie de l’histoire réside évidemment dans l’initiative en elle-même. Si AdBlock est réellement anti-pub, comme le pensent probablement bon nombre d’utilisateurs qui veulent simplement se débarrasser des annonces fleurissant sur le web, pourquoi lancer une campagne de publicité classique ?

La somme levée permettra d’ores et déjà, selon les plans de BetaFish, d’offrir à AdBlock un format prestigieux : un panneau d’affichage en papier et en colle sur Time Square. S’il atteint 150 000 dollars, BetaFish prévoit une diffusion de la publicité sur une page entière dans le New York Times.

Cela semble réalisable, mais ce n’est pas gagné, tant les campagnes de crowdfunding ont tendance à démarrer vite lorsqu’elles sont médiatisées, puis de s’essouffler sur la durée.

Autant dire que les chances de voir une publicité pour AdBlock au Superbowl 2014, format roi des annonceurs américains, sont quasi-nulles. Il faudrait réunir 4,2 millions de dollars pour y parvenir.

"Le modèle de la publicité en ligne est de pire en pire"

Il n’empêche, cette réussite pose question. Quid de la publicité : y a-t-il un trop plein ? Des abus des annonceurs qui rendent le web désagréable à parcourir, voire illisible ? Le but est-il un web sans pub, auquel cas les modèles économiques devront se remettre sérieusement en question ?

Enlevons tout de suite une illusion à certains utilisateurs : les adblockers ne préparent pas un web vierge de toute promotion, qui oeuvrerait dans l’unique but d’élever la connaissance humaine, sans visées mercantiles. BetaFish, comme Eyeo (éditeur d’Adblock Plus), se défendent ouvertement de vouloir tuer la publicité en ligne.


    « Les adblockers sont utilisés parce que le modèle de la publicité en ligne est de pire en pire, dénonce par exemple Tim Schumacher, d’Adblock Plus. Nous pensons que si les gens téléchargent notre extension, ce n’est pas qu’ils ne veulent plus voir de publicité du tout. Ils veulent juste bloquer ce qui les dérange, et laisser ce qui est acceptable. »


Adblock Plus a donc développé une « liste blanche » de publicités jugées acceptables. Liste qui est très discutée, notamment parce qu’elle est à la base de son modèle économique, et qu’Adblock Plus ne tient manifestement pas à étendre sa « transparence » à cette question du financement.

Michael Gundlach, à la tête d'AdBlock (BetaFish) est tout aussi clair sur le but de l’extension, qui annonce d’ailleurs sa présence depuis peu sur Internet Explorer :


    « Le but d’AdBlock n’est pas d’éradiquer la publicité en ligne. AdBlock rend le contrôle aux utilisateurs, pour qu’ils puissent décider à quel point ils acceptent de voir de la publicité. Depuis le début, il n’a été question que de rendre simple le choix des publicités que vous voulez voir. (…) Le but final est d’améliorer la publicité sur le web (…) pour que les utilisateurs soient plus heureux et les annonceurs comme les éditeurs de site aient des taux de clic plus élevés. J’aimerais que chaque publicité servie à un utilisateur soit celle sur laquelle l’utilisateur veut cliquer. »


"Ce sont des sociétés privées qui se font rémunérer par les gens de la publicité"

On est assez loin de l’image de chevalier blanc, et le vocabulaire fait largement écho aux spécialistes du monde marketing. Pourtant, quelques jours après notre interview, Adblock Plus s’offrait une tribune sur Petitweb.fr, signée Till Faida, l’un des cofondateurs. Le titre verse immédiatement dans le lyrique : « Nous sauvons l’âme d’Internet ».

Certes, ce titre a pu être choisi par l’équipe du média, mais le cofondateur d’Eyeo utilise l’expression dans sa tribune. Et joue les David contre un Goliath tout désigné : les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon, et autres géants du numérique).

« Nous comprenons pourquoi nous sommes considérés comme une nuisance : l’utilisation d’Adblock Plus amoindrit les recettes de Google, Facebook, Microsoft ou Yahoo. » Avant d’admettre tout de même que « les petits sites Internet et les entreprises peuvent souffrir lorsque leurs publicités sont bloquées ».

Un comble, pour Stéphane Hauser, délégué général d’IAB France, qui édite des recommandations sur les formats publicitaires « pour les rendre le moins intrusif possible » à destination des éditeurs et spécialistes du marketing. Le titre de la tribune le fait rire, alors qu’il dénonce « une schizophrénie » et une « publiphobie », « particulièrement en France ».

Stéphane Hauser admet des abus de certains sites, mais se pose ouvertement la question de la légitimité des adblockers pour décider de ce qui est acceptable ou non en terme de publicité en ligne.


    « Ce sont des sociétés privées qui se font rémunérer par des gens de la publicité et décident de ce qui est acceptable ou non. Qui sont-ils pour décider, vouloir devenir des gendarmes du web ? Je trouve cela choquant. »


En creux, le délégué général de l’IAB souligne le caractère ambigu du modèle économique d’Adblock Plus. Une question sur laquelle notre interlocuteur d’Eyeo, Tim Schumacher, est étonnamment discret.

"Publicités acceptables" : des critères trop flous ?

Il renvoie à la politique de « Publicité acceptable », proposée en 2011 et validée, selon lui, à 80% par la communauté. Mise en place l’année suivante, elle permettait le fameux système de liste blanche : si une régie diffuse des publicités au format « acceptable », jugé non intrusif, ses serveurs sont inscrits sur la liste et les publicités distribuées ne sont pas filtrées.

Premier problème : qui décide de l’acceptabilité, de ses critères ? Une section des « publicités acceptables » est dédiée à ces critères sur le site d’Adblock Plus. On y apprend que les annonces doivent être, entre autres :
  • Statiques, sans animation ni son.
  • De préférence textuelles.
  • Non envahissantes. Elles ne doivent pas obstruer la lecture du contenu par exemple, ni obliger le lecteur à scroller vers le bas pour voir le contenu si elles sont placées au-dessus.
  • Clairement indiquées comme étant des publicités.


Problème : il serait impossible d’afficher automatiquement toutes les publicités qui remplissent ces critères, pour des raisons « techniques ». D’où un risque assez important de confusion entre ces « critères » et le modèle économique d’Adblock Plus, qui se fait rémunérer par « des entreprises qui soutiennent le système de publicités acceptables ».

Selon un modèle transparent, jure Tim Schumacher. Qui refuse de communiquer les montants obtenus et les noms des entreprises participantes. « Nous ne gardons pas toutes les traces des grosses entreprises qui y prennent part, » finira-t-il par lâcher. Voilà qui rend circonspect.

Le modèle est à ce point ambigu que même du côté d’AdBlock, « concurrent » d’Adblock Plus, il est critiqué. On ne semble pas vraiment croire aux « critères » objectif d’Eyeo chez BetaFish. Michael Gundlach est assez offensif sur la question :

    « AdBlock est à 100% financé par des donations des utilisateurs. Le modèle d’Adblock Plus, où ils considèrent les publicités d’une entreprise « acceptable » si et seulement si l’entreprise est prête à payer Adblock Plus, en fait un ennemi de l’entreprise, tout en ne laissant pas l’utilisateur décider de ce qui est « acceptable ». Je m’attends à ce qu’ils gagnent des tonnes d’argent auprès de gros annonceurs et sites web qui n’ont d’autre choix que de payer. »


"Google (...) a accepté de payer" Adblock Plus

La charge est virulente, et probablement de bonne guerre entre deux concurrents dans un business peut-être juteux. Sur ce point évidemment, pas question d’obtenir des chiffres. Personne ne parle, mais si AdBlock est capable de lever plus de 50 000 dollars en quelques jours auprès des utilisateurs, on peut imaginer que la somme est bien supérieure si les entreprises sont impliquées.

Pour Adblock Plus, il n’y a rien à redire au modèle, transparent au possible. Reste que Salon.com parvient aux mêmes conclusions que nous après interview des fondateurs : impossible d’avoir une réponse claire sur le modèle. Et enfonce le clou : « Google a fait savoir [à Salon.com] qu’il avait accepté de payer les frais de participation » réclamés par Adblock Plus pour participer au programme de publicités acceptables.

Pour autant, la riposte côté éditeurs, annonceurs et spécialistes du marketing, s’organise également sur d’autres plans. Avec des effets parfois indésirables, comme le pointe Stéphane Hauser, qui voit dans la croissance des adblockers l’une des raisons du développement du « native advertising ».

Les spécialistes n’ont pas fini de se perdre en conjectures sur la légitimité et la signification à donner à ce nouveau mot qu’ils ont inventé – et qu’il serait dommage de laisser mourir vu sa douce mélodie – mais il regroupe grosso modo toutes les méthodes de publicité en ligne qui tirent parti du contexte pour insérer de la promotion.

"Publicité native" et silence des régies

Articles sponsorisés dans le fil d’actualités d’un site de presse, voire publi-commercial plus ou moins bien annoncé. Tweets, posts Facebook ou Tumblr sponsorisés également. Des nouveaux formats qui font le bonheur et la prospérité d’entreprises comme Adyoulike, Outbrain ou Ligatus, par exemple.

Pour Stéphane Hauser, « ces nouveaux formats peuvent avoir des taux de clic 10 à 20 fois supérieurs aux formats classiques recommandés par l’IAB ». Qu’importe les dégâts engendrés par l’intrusion flagrante, ils gagnent, au moins sur le court terme, des adeptes. Ils permettent d’enregistrer de meilleurs taux de clics et, en parallèle – et en lien – de contourner les outils de blocage de publicité. Habile.

A tel point que le risque, à terme, serait de se retrouver, au choix, avec un web poubelle ou un web payant, jugent certains. Confiant, Stéphane Hauser estime pourtant que « les formats intrusifs finissent toujours pas faire pshiittt ». Et renvoie en partie la responsabilité sur les éditeurs, qui sont libres d’accepter ou non les formats publicitaires demandés par les annonceurs.

Libres ? Sûr ? PC Inpact, l’un des rares sites à avoir communiqué ouvertement sur la question, parlait en avril dernier de 46,6% de publicités bloquées sur la journée de rédaction de l’article. Dès lors, le site ne voyait que deux issues : mettre en place des contenus sponsorisés et du « native advertising », ou une zone payante. C’est cette dernière option qui a d’ailleurs été choisie récemment.

Les éditeurs ont-ils réellement le choix ? Les régies publicitaires ? Etonnamment, celles-ci, pourtant parmi les premières concernées par le problème, ne semblent pas vouloir répondre à nos questions. Plusieurs ont refusé une demande d’interview, évoquant des soucis d’agenda – ce que l’on peut comprendre en période de rentrée – ou de manque de connaissances sur la question.

Source : ZDNet



avatar
victor
Fondateur
Fondateur

Nombre de messages : 5111
Emploi/loisirs : Retraité

http://papyforum.xooit.be/

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum