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9 mars 1796. Pour leur mariage, Napoléon se vieillit de 18 mois

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9 mars 1796. Pour leur mariage, Napoléon se vieillit de 18 mois

Message par victor le Mar 10 Mar 2015 - 13:02

9 mars 1796. Pour leur mariage, Napoléon se vieillit de 18 mois et Joséphine se rajeunit de 4 ans.

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L'âge des époux, la profession et l'adresse du marié sont faux, un témoin est mineur et l'officier d'état civil, absent... Techniquement, c'est nul.

Ce n'est pas la douce folie médiatique du mariage de Johnny ou de celui du prince William. Quand Napoléon épouse Joséphine, inutile de rechercher des paparazzi dans les arbres. Il est très tard : 22 heures ; outre les mariés, il n'y a que les témoins. La cérémonie est expédiée en moins d'une demi-heure. C'est que le petit général est pressé de partir combattre en Italie.

Vers 20 heures, c'est la merveilleuse Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, veuve Beauharnais, qui se présente en premier à la mairie de la rue d'Antin - un ancien hôtel particulier - pour le mariage civil. Comme à son habitude, elle est à croquer : chemise fine, souliers plats en tissu, bas de soie, un corset léger et une robe de velours brodé passée sur un jupon souple. À 33 ans, elle reste l'une des femmes les plus belles et les plus appréciées de Paris... Elle est venue accompagnée de son chien Fortuné - un carlin - qui la suit partout.

On la conduit dans le salon de l'hôtel particulier aux boiseries dorées. Des peintures allégoriques ornent les murs et le plafond. Trois des témoins sont déjà présents pour l'accueillir. Les siens : Paul Barras, membre du Directoire exécutif, et Jean-Lambert Tallien, membre du corps législatif. Étienne Calmelet, homme de loi, est le témoin de Bonaparte. Est présent également le commissaire du Directoire Collin-Lacombe, qui servira d'officier d'état civil à la place de Charles Leclercq, parti se coucher. Une fonction à laquelle il ne peut pas prétendre, et qui entache le mariage de nullité. Leclercq ne signera que le lendemain l'acte. Mais qui oserait se plaindre quand les témoins s'appellent Tallien et Barras ?

"Mariez-nous vite !"

Bonaparte se fait attendre. Neuf heures sonnent, puis dix heures. Barras s'impatiente. Le voilà enfin. Il s'excuse, il n'a pas vu l'heure passer. Nommé la semaine précédente commandant en chef de l'armée d'Italie par le même Barras, il a consacré sa journée à étudier les cartes du Piémont. Il est accompagné de son aide de camp, le capitaine Lemarois, 20 ans, qui servira de deuxième témoin. Après avoir salué chacun, il n'a qu'un mot : "Mariez-nous vite !"

C'est Paul Barras qui les a présentés l'un à l'autre durant l'été 1795. Joséphine est alors sa maîtresse et il veut s'en débarrasser. Le meilleur moyen, c'est de la caser à un de ses proches. Il pense à ce Corse qui l'a aidé à disperser l'insurrection du 13 vendémiaire (5 octobre 1795). Le couple se complète parfaitement. Elle est veuve et désargentée depuis la mort d'Alexandre Beauharnais, le père de ses deux enfants. C'est une de ces "merveilleuses", entretenue par les hommes, et grande amie de Mme Tallien. Il est temps qu'elle se range en se remariant. Quant à Napoléon, malgré son jeune âge - il a 26 ans -, il est déjà général en chef de l'armée de l'Intérieur. Il lui faut une épouse pour poursuivre son ascension. Il n'est pas très regardant sur la marchandise. Joséphine de Beauharnais fera l'affaire et tant pis si elle a six ans de plus que lui. Il en tombe éperdument amoureux. Ce n'est pas réciproque, mais elle sent que ce petit Corse possède un énorme potentiel. C'est de la graine de dictateur, ça, madame.

La cape et l'épée

Pas de stratégie amoureuse chez le petit général. Il adore sa grande bringue snobinarde. Il est même si jaloux qu'il se refuse à l'appeler Rose comme ses précédents amants, préférant user de son deuxième prénom, Josèphe, qu'il transforme en Joséphine. Il lui écrit des lettres enflammées : "Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l'enivrante soirée d'hier n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur..."

La veille de la cérémonie, Joséphine demande à son promis de l'accompagner chez le vieux notaire Raguideau, auprès duquel elle a l'habitude de prendre des conseils tant financiers que sentimentaux. Laissant le petit Corse dans l'antichambre, elle passe dans le bureau du notaire, oubliant de bien refermer la porte. Du coup, Napoléon entend toute la conversation. Dans ses Mémoires, il la rapportera, amusé. Mais sur le moment, il fulmine. Le vieux notaire s'étonne du choix de sa cliente : "Mais c'est un homme sans fortune, madame ! Mieux vaut rester veuve que d'épouser un petit général sans avenir et sans nom... Les épaulettes d'or du général Bonaparte vous ont trop éblouie, songez-y bien, et n'allez pas vous préparer un repentir inévitable en épousant, je le répète, un homme sans fortune, un homme qui n'a que la cape et l'épée."

Ces mots font bondir de rage Napoléon, mais il se retient de tout scandale, se contentant de saluer le notaire Raguideau en partant. Il n'oubliera jamais cette conversation. Quelques années plus tard, le jour même de son sacre, il décide de se venger gentiment de Raguideau qu'il a pris, depuis, comme notaire. Il le fait venir dans son palais, lui montre le manteau impérial couvert d'abeilles d'or et le sceptre de Charlemagne, en lui disant : "Vous aviez raison, monsieur Raguideau ; voici la cape et voilà l'épée. Comme vous le voyez, monsieur Raguideau, j'ai marché, cependant... Je ne vous parle pas de ma fortune... Après huit ans de mariage, j'apporte une couronne en dot à ma femme..." Silence piteux du notaire. Napoléon est satisfait de sa petite vengeance.

Expéditif

Pour en revenir au mariage, il n'y a pas que le notaire qui ne l'approuve pas. La famille Bonaparte n'est pas non plus réjouie de voir son général épouser une cougar dont la réputation n'est pas sans tache. Pauline, la petite soeur préférée de Napoléon, ne l'appellera jamais que "la vieille". Justement, cet âge "canonique", Joséphine fera tout pour le cacher en faisant réaliser un faux. Comme il lui est impossible de se faire délivrer un acte de baptême, car la Martinique, où elle est née, est occupée par les Anglais, Joséphine demande à un notaire nommé Rousseau de lui rédiger un acte en la faisant naître en 1768, ce qui la rajeunit de quatre ans. La voilà donc âgée officiellement de 28 ans seulement. Et pour faire bonne mesure, elle convainc son futur époux de tricher également sur son âge, mais en se vieillissant. L'acte de mariage mentionne qu'il est né le 5 février 1768, alors que la bonne date est le 15 août 1769.

Ce ne sont pas les seules erreurs figurant sur l'acte de mariage. L'adresse de Napoléon est mauvaise et il est dit général en chef de l'armée de l'Intérieur alors que depuis le 23 février, il est général en chef de l'armée d'Italie. La lecture de l'acte de mariage est vite expédiée. Les quatre témoins signent. Et tant pis si le capitaine Lemarois n'est pas majeur avec ses 20 ans ! À 22 h 30, Napoléon et Joséphine sont mari et femme. Chacun peut rentrer chez soi. Barras et Tallien s'en vont immédiatement. Pas de repas de noces. Pas de Patrick Sébastien pour animer la soirée. Reste la nuit de noces que les deux jeunes mariés passent dans le petit hôtel particulier de Joséphine. Malgré Fortuné qui le mord au mollet, le général triomphe sans gloire d'un ennemi qui ne demande qu'à être embroché...

Patience

Dès le lendemain matin, Napoléon saute du lit à l'aube, car il a encore tant à faire avant de prendre la route de l'Italie, le surlendemain. Seulement Joséphine est en manque. Elle voudrait bien profiter de son cavalier avant qu'il ne disparaisse. Elle va le chercher dans son bureau. Penché sur ses cartes, il la renvoie d'un baiser. Elle obéit aux ordres de son petit général, mais ne peut s'empêcher de revenir quelques minutes plus tard. Il lui fait un deuxième baiser en la renvoyant à nouveau. Elle revient encore. Il lui faut se barricader. "Patience, ma bonne amie, nous aurons le temps de faire l'amour après la victoire." Le 11 mars 1796, comme prévu, il monte en chaise de poste pour gagner Nice, le quartier général de l'armée d'Italie, laissant derrière lui une Joséphine éplorée. Elle se consolera vite dans les bras de quelques amants. Ils divorceront le 15 décembre 1809


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